En juillet 2026, l’ANRS Maladies infectieuses émergentes a lancé l’essai clinique EBO-PEP, un protocole de prophylaxie post-exposition contre le virus Ebola Bundibugyo, directement sur le terrain en République démocratique du Congo et en Ouganda. Ce type d’intervention illustre un basculement concret : on ne se contente plus de surveiller les maladies infectieuses émergentes, on teste des réponses biomédicales en pleine flambée épidémique.
Essais cliniques en zone de crise : le nouveau front de la recherche
Déployer un essai clinique dans une zone touchée par Ebola, c’est gérer simultanément la logistique d’approvisionnement en traitements expérimentaux, le consentement éclairé de populations en détresse et la collecte de données fiables dans des infrastructures sanitaires fragiles. L’essai EBO-PEP cible spécifiquement la souche Bundibugyo, moins médiatisée que la souche Zaïre mais responsable de flambées récurrentes en Afrique de l’Est.
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Ce qui change par rapport aux décennies précédentes, c’est que la recherche française intervient désormais pendant la crise, pas après. L’ANRS MIE a structuré un dispositif d’anticipation et de réponse rapide qui permet de lancer des protocoles dès les premières semaines d’une épidémie. Les retours varient sur la capacité réelle à maintenir la rigueur scientifique dans ces conditions, mais le principe est posé.
Pour les professionnels de santé en France, cette approche a une conséquence directe : les données issues de ces essais alimentent les recommandations de prise en charge et les protocoles de prophylaxie applicables en cas d’importation de cas sur le territoire.
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Approche One Health et agents pathogènes émergents : ce que ça change en cabinet
Le cadre One Health (une seule santé) n’est plus un concept académique réservé aux colloques. Il structure désormais les programmes de recherche et les alertes sanitaires en France. Le principe : les interactions entre humains, animaux et environnement déterminent l’émergence de nouveaux virus et la réémergence d’anciens.
Concrètement, un médecin généraliste ou un infectiologue doit aujourd’hui intégrer des paramètres inhabituels dans son raisonnement clinique :
- La fièvre du Nil occidental, transmise par des moustiques, fait l’objet d’alertes récurrentes dans le sud de la France, avec des cas autochtones documentés ces dernières années.
- Le chikungunya, longtemps cantonné aux zones tropicales, bénéficie d’un suivi renforcé en métropole en raison de l’extension géographique du moustique vecteur Aedes albopictus.
- La fièvre de la Vallée du Rift, transmise par contact avec des animaux infectés ou par des arthropodes, fait partie des pathogènes surveillés par l’ANRS MIE dans le cadre de ses réponses aux foyers récents.
Le changement climatique et la mondialisation accélèrent la circulation de ces agents pathogènes. Un professionnel de santé en Occitanie ou en PACA peut se retrouver face à un tableau clinique qui, il y a dix ans, n’existait pas sur son territoire.
Antibiorésistance et maladies infectieuses : la double menace en France
On parle beaucoup des virus émergents, mais l’antibiorésistance constitue une menace parallèle tout aussi préoccupante. L’Organisation mondiale de la santé la classe parmi les risques majeurs pour la santé mondiale. La France reste un pays surconsommateur d’antibiotiques par rapport à ses voisins européens, ce qui favorise l’apparition de souches bactériennes multi-résistantes.
La tuberculose illustre bien ce problème. Première cause de mortalité par maladie infectieuse dans le monde, elle connaît des échecs thérapeutiques croissants liés à des souches résistantes aux traitements de première ligne. En France, les cas de tuberculose multi-résistante restent limités en nombre, mais chaque cas mobilise des ressources considérables et des protocoles de traitement longs.
Comment la recherche française s’organise
L’Institut Pasteur de Lille a structuré un programme dédié, INTHREPIDE, qui articule la lutte contre les maladies émergentes et l’antibiorésistance autour de deux axes : infections virales et infections bactériennes. L’objectif est d’identifier de nouveaux principes thérapeutiques capables de contourner les mécanismes de résistance.
Le programme PEPR MIE, intégré à France 2030, finance sur plusieurs années des appels à projets couvrant la prévention, le contrôle et la préparation aux crises. Ce financement pluriannuel permet aux équipes de recherche de travailler sur des horizons longs, pas uniquement en réaction à la dernière alerte.

Préparation des soignants face aux prochaines épidémies : lacunes et signaux d’alerte
Un sondage mené par la plateforme Sermo a révélé que 65 % des médecins interrogés estiment qu’une pandémie majeure causée par l’un des pathogènes de la liste de surveillance 2025 de l’agence britannique de sécurité sanitaire (UKHSA) est probable dans les cinq prochaines années. En face, seuls 47 % se déclarent relativement confiants dans la capacité de leur pays à y répondre.
Ce décalage entre anticipation du risque et sentiment de préparation touche directement les professionnels de santé en France. La perception d’être sous-équipé face à une menace jugée probable crée une tension opérationnelle réelle.
Plusieurs facteurs alimentent cette inquiétude :
- Le rythme d’apparition des épidémies liées aux maladies infectieuses émergentes s’est fortement accéléré depuis cinquante ans, selon l’Inserm.
- La désinformation en ligne complique la réponse de santé publique en érodant la confiance dans les recommandations officielles et la vaccination.
- Le décalage persiste entre le développement d’outils biomédicaux (vaccins, diagnostics rapides) et la capacité réelle de déploiement sur le terrain, notamment dans les pays les plus exposés.
L’ANRS MIE et ses partenaires européens, notamment l’ECDC et l’ESCMID, maintiennent des systèmes d’alerte et de veille épidémiologique. Mais la veille ne suffit pas sans formation continue des soignants aux tableaux cliniques inhabituels et aux protocoles de signalement.
Les maladies infectieuses émergentes ne sont plus un sujet de spécialistes en médecine tropicale. Elles concernent désormais tout médecin susceptible de recevoir un patient fébrile au retour d’un voyage, ou simplement un patient exposé à un vecteur présent sur le territoire français. La structuration actuelle de la recherche, du PEPR MIE aux essais en zone de crise, donne des outils. Reste à ce que ces outils atteignent effectivement les cabinets et les services hospitaliers.

